"Dans la friche, on sème des mots

               Pour qu'ils repoussent bien plus beaux", R. Queneau

 

Chaque année, depuis l'aube du XXIe siècle, le Festival du Mot donne (fin mai et ce durant cinq jours) à la ville de la Charité-sur-livre une coloration particulière : les centaines de mots inscrits sur les murs de la ville - citations dédiées au MOT - s'animent dans la déambulation des très nombreux festivaliers et les salles résonnent de spectacles où les mots sont à l'honneur.

Un atelier d'écriture spontanée - et mobile - est proposé : il s'agit, au fil des rues, de saisir au vol les mots qui nous parlent, de se les approprier, de lâcher la bride de l'imaginaire, de jouer avec ces (ses) mots...

  

Au clair de la lune

Mon ami Pierrot

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot...

 

Farandole de mots drôles ou intrigants

Ecrire pour rire, s'amuser et se distraire

S'enivrer de phrases, enfiler des mots

Tout est possible, ce matin, à la Charité-sur-Loire!

Inutile de chercher midi à quatorze heures!

Velours de l'amour, douce lumière palpitante

Action du sens qui peut influencer le changement

Liberté comme un rappel qui crée encore quelques instants de bonheur.

 

Donner, recevoir, partager des mots doux et forts

Universalité de l'expression au mur des citations.

 

Mimer quand on a le souffle coupé par l'émotion

Off t'as l'mot pour y voir plus clair, de loin comme de près. 

Terminons par un mot de cinq lettres ... MERCI pour ce moment partagé.

Marianne

Emploi (l'un des Dix mots de l'année 2011, proposés par A. Rey)

Emploi d'actif

Marcher vers demain

Poursuivre un projet

Libérer ses idées

Ouvrir son horizon 

Imaginer une autre vie.

 

A partir de l'affiche (2012) 

Sur le pont des mots, j'ai lancé ma canne, ma canne à mots, ma canne à moi.

Au fil de l'eau, mes maux filaient...

Et j'ai pêché un plein filet de mots vivants, tout frétillants ;

Des mots nés, on ne sait où, des mots morts, des mots-nastiques, des mots té, des mots dés, des mots qui tuent,      des mots qui saignent, des mots blessés, des mots blessants...

Ma pêche fut si bonne, je débordais de mots et j'en goûtais l'ivresse à vous laisser sans mots !

Retour à la maison, retour à la raison, il me fallait trier dans mon filet troué.

Jeter tous les gros mots triviaux, les mots pas beaux, les mots à talons hauts, tous les mots venimeux.

Garder, manger, déguster les mots doux, les mots tendres, les mots fins, les mots bleus, les mots d'ailes envolées qui vous rendent légers, sur le pont de la Loire, au cœur d'la Charité. 

Elisabeth

      

A partir des mots glanés dans les citations rencontrées, " Je me souviens"…

Je me souviens du lilas d’Espagne qui courait sur le mur de mon château, au temps où j’étais princesse du royaume d’Utopie !

Je me souviens de tes pensées qui allaient droit au ciel, tels des ballons rouges et blancs dans l’azur ambiant.

Je me souviens de tes mains, masculin et féminin, tes mains qui, le temps souverain, formaient une coupe dorée.

Je me souviens de la monnaie du pape qui poussait avec exubérance dans le jardin du curé.

Je me souviens de ma mère au temps où elle était valide, marchant à grandes enjambées boulevard des Invalides.

Je me souviens de la crèmerie de mon enfance… on m’y envoyait, munie d’une grande jatte sans couvercle, le doigt traînant sur les bords – onctuosité du souvenir.

Je me souviens des bons mots que mon grand- père sortait de sa blague, comme çi, comme ça.

Je me souviens de la querelle des Anciens et des Modernes, c’était dans les années 1620-1630, tu te rappelles ?

Je me souviens de toi, qui titubais ivre de mots d’amour si profonds qu’il était difficile de les apprivoiser.

 

Le vent a été aussi soudain que violent : les mots sont tombés des murs. Vous en avez saisi quelques-uns au vol... d'autres se sont immiscés...

Depuis longtemps je prenais la première à droite puis je tournais à gauche et encore à droite et toutes les nuits se ressemblaient.

Cela devait arriver, et c’est arrivé, un jour, en plein jour, je l’ai prise à gauche, la première et c’est ainsi que j’ai tourné à droite la prochaine et puis à gauche, la suivante.

C’est comme ça que je l’ai rencontrée, voyez-vous ? Il n’y a pas de hasard, vous voyez….. C’est comme ça que je l’ai

rencontrée, voyez-vous ?….. Aurore. 

Et depuis Aurore me montre tous les jours du matin au soir ses aisselles – en levant les coudes – elle fait mine de regarder à l’ouest le soleil couchant et moi, je vois ses deux seins flamboyants qui n’en finissent pas de me dire que la musique commence là où les mots se perdent dans la peinture – Le sais-tu ? Le minotaure…. Le minotaure est dans le jardin des délices… et en silence… Jérôme Bosch boit les mots de Soulage qui peint avec beaucoup d’empathie le derrière des fesses de son ami Pablo. Rouge est la couleur de l’amour en crue, la Loire déborde, les mariniers paient l’impôt au guichet pour enfin se reposer dans la cité des chanoines – ici les chats jouissent toutes les nuits jusqu’à l’aurore – gris sont les cris, les plaintes et leurs manteaux de fourrure. 

Bien sûr que nous vivons une époque où l’on se figure qu’on pense dés qu’on tringle une gonzesse. Rue des sabotiers ou rue des apôtres, les moines n’étaient pas les derniers à écarter les cuisses de Fanchette ou de Cosette….. Les prières mènent à tout en ce bas monde et elles servent autant qu’elles peuvent comme excuses de la pensée….. Si les ruts conduisent à tout ? Me demandez-vous- Je vous dirais «  oui et non »- Oui parce que les sexes savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. Les racines carrées de la baise se perdent au loin, dans le brouillard des eaux du fleuve et puis : non, car les ruts n’ont jamais été les causes ni les raisons des massacres des huguenots, des catholiques, des païens et des musulmans, et des enfants du ghetto de Varsovie, du Rwanda, et des indiens d’Amérique, et des petits chats qu’on jetait – gamins- du pont de la Charité sur Loire et on rigolait – Ah ! Ce qu’on se marrait !…en leur balançant des pavés sur le coin de la gueule aussitôt qu’ils réémergeaient à la surface de l’eau – Ah !Ah !Ah ! Que c’était rigolo – ces jeux de massacre – C’est ainsi que la peinture vient de cet endroit où les mots s’effacent et se perdent dans le métro parisien entre la Tour Montparnasse et le cimetière du Père Lachaise. Et toi, ma petite pute chérie que j’aime tant, je te tiens contre le mur de la onzième arche, les eaux de la Loire montent, montent, c’est la crue de nos désirs- enlève ta petite culotte que j’te saute à la mercenaire : façon bourguignonne de niquer le royaume de France ! 

« Branle, branle le monde », écrit Michel de Montaigne, dans sa tour solitaire, son ami Etienne, parti trop tôt et si loin que les mots qu’il laisse tomber sont trop lourds pour être emportés par le vent. Ils tombent dans la friche et s’éternisent là pour participer sans regrets à la misère du monde. Michel ouvre la fenêtre et du haut de la tour-solitaire- il pisse, tranquillement, il pisse, en paix, sans mots. 

Georges