"Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux",

René Char

Ecrire comme on respire

Ecrire dans la vie

Vite et parfois très vite !

Le souffle s’amplifie… dans la vallée des mots

Ecrire sans inspiration

Aspirer à écrire

Ecrire les cris, les crocs, sur les crêtes de la vie…

Ecrire le cru, le cuit, le cui(t) bissé des oiseaux

Ecrire sur l’écran, la toile bis, couleur sépia

Ecrire ici et là, façon grignotage ou picorage

Ecrire les âges de la vie, les enfants à l’arrière de la voiture

Ecrire dans la campagne bruissant des vies animales grouillantes

Ecrire ici sous le regard protecteur de l’Ange du lieu

Ecrire encore… petites pattes qui s’alignent sur la page

Ecrire vierge de toute prétention

Ecrire avec détermination

Ecrire jusqu’à ce qu’un jour s’achève la respiration.


Je ne suis pas seul. Il y a les mots.

 

Je ne suis pas seul, il y a du vert :  ver luisant sous la pluie, vert pomme d’api, verre de l’amitié, vers toi, vers vous !

Je ne suis pas seule, il y a sur cette île – dite déserte – de toute petites créatures que mon œil ne verra jamais , même après une opération magique.

Je ne suis pas seule, il y a des pieds et des pattes sous la table – certains bien alignés, d’autres entrecroisés, pieds rabougris, pieds mignons, pattes d’éléphants..

Je ne suis pas seul, il y a moi en émoi, et moi ! je n’y avais pas pensé ! Moi dans le je (jeu), moi qui joue à saute-mouton avec l’autre. L’autre… lequel ? Celui qui est caché sous la table ou celui qui s’affiche sur le mur ? Ouverture sur l’immensité du Mot, Tom à l’envers ! 

Je ne suis pas seule, il y a donc Tom !

je ne suis pas seul  dans ce silo révolutionnaire ! Dans ce silo, il y a donc un révolutionnaire et comme – même si je voulais bien y croire – je ne m’en sens ni le courage ni la foi chevillée au corps, c’est donc qu’il y a un révolutionnaire dans le silo avec moi !  avec moi ! avec moi ! Qu’est-ce qu’il fout dans ce silo ? Dans ce silo, il y a plein, plein – c’est-à-dire beaucoup - de grains, est-ce du maïs ? est-ce du blé ?  des haricots blancs ? des patates, des choux de bruxelles ? Je sais bien que je m’en fous, mais alors je m’en balance complètement, et vous ? de plus, ce sont des grains ou des patates gorgés d’engrais, de pesticides, etc. Et moi je ne porte que des vêtements coton bio, garantis anti-eczéma, anti-puces, anti-poux, anti-bactéries et anti vers solitaires…Malgré les grains et les choux de Bruxelles, malgré les sans-culottes de 1789 ou le Che Quivala, je me sens seul… moi seul dans ce silo quoique dans ma poche j’aie un bout de papier blanc, y’a rien du tout sur le bout de papier, et c’est pour ça que je ne me sens jamais seul : il y a tant et tant de mots, d’images, d’espoirs, d’amours, de désirs, de poésies qui se prennent pour des lanternes, de fées aux fesses tendres,  de paradis vierges…

 

Voilà ! vous m’avez compris : j’écris ma lettre au Père Noël dans un silo, en attendant la révolution qui arrive !

Georges